Un apprenant termine votre module, coche âFormation terminĂ©eâ, et rĂ©pond â9/10â Ă la question âvous sentez-vous Ă lâaise avec ce sujet ?â.
Trois semaines plus tard, sur le terrain, il commet exactement lâerreur que le module devait Ă©viter.
Le problĂšme ne vient pas forcĂ©ment du contenu de la formation. Il peut aussi venir de la façon dont lâapprenant Ă©value lui-mĂȘme ce quâil sait.đ
Ce phĂ©nomĂšne a un nom, lâeffet Dunning-Kruger.
En 1999, les psychologues David Dunning et Justin Kruger, de lâuniversitĂ© Cornell, ont mis le doigt sur quelque chose dâassez dĂ©stabilisant : moins on maĂźtrise un sujet, plus on a tendance Ă surestimer sa compĂ©tence đ.
Oui, ça fait un peu mal Ă la tĂȘte.
Je vous explique đ .
Dunning et Kruger ont demandĂ© Ă des participants dâĂ©valuer leurs performances dans diffĂ©rents domaines, comme la grammaire, la logique ou encore lâhumour, puis ont comparĂ© leurs estimations Ă leurs rĂ©sultats rĂ©els.
Les 25 % les moins performants avaient tendance Ă largement surestimer leurs rĂ©sultats. Ă lâinverse, les meilleurs se sous-estimaient lĂ©gĂšrement. Comme quoi, lâintuition nâest pas toujours notre meilleure alliĂ©e đ.
Pourquoi ça arrive ?
Parce que repĂ©rer une erreur ou une lacune demande Ă peu prĂšs les mĂȘmes compĂ©tences que celles nĂ©cessaires pour bien faire la tĂąche. Sans elles, on nâa tout simplement pas la grille de lecture pour se rendre compte de ce quâon ne sait pas.
Câest un peu comme essayer de corriger une faute dâorthographe quâon ne voit pas đ§©.
Et en formation, ce biais est partout. Lâauto-Ă©valuation dĂ©clarative, âje me sens Ă lâaise avec ce sujetâ, est un des pires indicateurs pĂ©dagogiques qui soient. Elle mesure un sentiment, pas une compĂ©tence rĂ©elle. Et devinez qui a le sentiment le plus faux ? Justement les apprenants qui en auraient le plus besoin đŻ.
Deux exemples quâon croise souvent : lâapprenant qui zappe un module en se disant âje connais dĂ©jĂ â đ, et qui se plante Ă lâĂ©valuation. Ou lâexpert mĂ©tier quâon missionne pour former ses collĂšgues đ, il doute de sa lĂ©gitimitĂ©, alors que ce qui lui paraĂźt Ă©vident ne lâest pas du tout pour les autres.
Bonne nouvelle â : il existe un antidote, et câest le testing.
Les quiz ne servent pas seulement Ă mĂ©moriser (lâeffet de test), ils servent aussi de miroir. Confronter lâapprenant Ă des questions concrĂštes, avec un feedback correctif immĂ©diat, recalibre sa perception bien plus efficacement quâune question de satisfaction en fin de module.
Ce quâil faut retenir pour vos prochaines formations :
đ§Ș Testez avant et aprĂšs : un quiz de positionnement en amont rĂ©vĂšle un niveau rĂ©el, pas une impression.
đȘ Donnez du feedback, pas juste un score : expliquer pourquoi une rĂ©ponse est fausse recalibre la perception de compĂ©tence, un pourcentage seul ne le fait pas.
đ« MĂ©fiez-vous des questionnaires de satisfaction isolĂ©s : âje me sens Ă lâaiseâ nâest pas une donnĂ©e fiable, croisez-la toujours avec des rĂ©sultats factuels.
Au final, lâeffet Dunning-Kruger nous rappelle une chose simple : on ne peut pas se fier au sentiment de savoir pour mesurer le savoir. Chez Toolearn, concevoir une formation, câest aussi donner Ă lâapprenant les moyens de se voir tel quâil est vraiment đȘ.